Au cours du temps

 

 

 

 

 

La période des âges des métaux
de 800 à 52 ans avant notre ère

 

 

A partir de -600 environ, on peut employer avec une quasi certitude le terme de "Celte" à propos des divers peuples qui cohabitaient sur une partie de l'actuel territoire français.

 

C'est le domaine funéraire, mieux étudié parce que plus spectaculaire, qui nous livre les meilleures informations sur l'organisation sociale des "Celtes" des VIe, Ve et IVe siècles avant notre ère.
La vallée de l'Aisne n'a pas livré moins d'une quarantaine de nécropoles composées de tombes plates où le mort est, non plus incinéré comme antérieurement, mais généralement inhumé avec son équipement personnel : armes, parures, céramiques, etc. La présence de ces pièces d'équipement ont depuis longtemps attiré la convoitise des collectionneurs. C'est pourquoi beaucoup de ces nécropoles furent repérées et pillées dès le XIXe siècle, sans que les informations sur le nombre et l'orientation des tombes, la composition exacte du mobilier d'accompagnement aient fait l'objet de la plus élémentaire description.

 

L'exploitation des trouvailles anciennes se prête donc avant tout à un pointage cartographique des nécropoles et, dans le meilleur des cas (quand le mobilier a été conservé ou dessiné), à la comparaison et à la cartographie des caractéristiques stylistiques des objets. Ainsi, l'on s'aperçoit que la vallée de l'Aisne connaît alors un peuplement dense de petites communautés (Limé, Villiers, Ciry, Bazoches, Bucy) qui s'égrenent régulièrement le long de la rivière (environ une tous les 4 km). Les rites funéraires, les formes céramiques et les objets en métal ont une distribution géographique caractéristique centrée sur la Champagne.
Cet espace au sein duquel, entre le VIe et le IVe siècle, les hommes ont échangé idées ou objets de façon préférentielle, a donné son nom à un groupe culturel : le groupe de "l'Aisne-Marne".

 

Mais les nécropoles peuvent dire encore bien plus.

 

Dans la vallée de l'Aisne en particulier, on dispose heureusement de deux nécropoles remarquablement fouillées dans les années 60 par Gilbert Lobjois : comme celles de Pernant et Bucy-le-Long mais encore celle de Vasseny fouillée récemment. Elles permettent à la fois l'établissement d'une chronologie fine de la période et l'analyse sociologique d'un cimetière.

 

Une société fortement structurée et hiérarchisée.

 

L'examen des objets associés dans les tombes, corrélé à l'étude anthropologique des squelettes, met tout d'abord en évidence que le mobilier d'accompagnement dépendait du sexe de l'individu : ainsi les tombes contenant des armes, ou seulement des poteries, ou rien, étaient masculines ; les tombes contenant des parures (torques, bracelets, fibules ou crochets de ceinture) étaient féminines. Cette opposition fondamentale se traduisait également, pour la période ancienne, dans l'organisation spatiale de la nécropole : hommes et femmes étaient respectivement groupés dans des espaces séparés. Cette organisation a disparu ensuite au profit de groupements familiaux où couples et générations successives s'accumulaient sur la même "concession".



Cette première distinction établie, l'analyse des dépôts par sexes montre des communautés socialement différenciées. Les individus et les familles se répartissaient en plusieurs strates, plusieurs "étages", selon la richesse, la fonction, le statut. Du bas vers le haut de la pyramide sociale, on trouve : des individus, hommes et femmes, sans aucun mobilier d'accompagnement ; des hommes, avec des dépôts céramiques mais sans armes, et des femmes avec des parures simples (fibules, crochets de ceinture), représentant plus de 50% de la population ; des guerriers en armes (lances, épées), dont les tombes voisinent généralement avec celles de femmes richement parées de torques et de bracelets en bronze, de fibules, etc. Ce dernier groupe représente 10 à 20 % de la population. Il inclut aussi des tombes d'enfants parés d'ornements féminins. Ceci est un indice de l'existence d'un traitement particulier selon la classe d'âge (enfants avant la puberté = femmes ?), et prouve également que le statut social des individus, leur appartenance à telle ou telle strate, est héréditaire. Enfin, au sommet de la pyramide, et présentes seulement dans quelques nécropoles généralement très grandes, les fameuses tombes à char, d'hommes ou de femmes, au mobilier souvent prestigieux et comportant couramment des objets de bronze ou de métal précieux importés des régions méditerranéennes et liés à la consommation ostentatoire de vin. C'est le cas justement de la tombe de Pernant qui, outre un bracelet en or massif et divers objets de toilette, contenait une grande situle en bronze originaire du Tessin (Italie du nord) et des coupes à boire.

 

Des territoires centralisés?

 

Le nombre d'individus inhumés par génération dans les rares nécropoles fouillées intégralement montre que ces communautés étaient de taille insuffisante pour assurer à elles seules leur reproduction matérielle et sociale. Il faut donc postuler qu'il existait un niveau d'organisation supérieur réglant les rapports inter-communautaires.
Les tombes à char, qui n'étaient pas présentes dans toutes les nécropoles, reflètent des différences de statut entre communautés. Dans la vallée de l'Aisne, celles de Pernant, de Bucy-le-Long , de Chassemy, de Villers-en-Prayère semblent se distribuer régulièrement au long de la rivière, tous les 15 km environ. On peut donc se demander si n'apparaît pas alors, dans l'Aisne, une forme d'organisation centralisée dont la tombe à char et sa nécropole auraient localisé le pôle.
On aurait alors, avec un peu de retard, un phénomène comparable dans ses principes (mais non dans son ampleur) à l'émergence des territoires princiers du Hallstatt final connue plus au sud et dans toute la zone nord-alpine, Vix en constituant le plus proche représentant. Il faut toutefois noter que le territoire de ces principautés correspondrait ici à l'aire d'extension de la culture Aisne-Marne dans son ensemble.  Or, à une telle échelle, une stricte hiérarchisation pyramidale (centralisation) ne semble chez nous guère envisageable puisqu'un décompte sommaire révèle plus de 150 tombes à char réparties plus ou moins également, sans concentration manifeste. On aurait donc plutôt affaire à une mosaïque de communautés distinctes, exploitant de petits territoires de l'ordre de 15 km2, engagées depuis peu dans une compétition d'où commenceraient à émerger des inégalités, mais entre lesquelles ne se dessineraient pas encore de relations hiérarchiques fortes et instituées.

Il est évident que de telles hypothèses, d'ordre essentiellement socio-économique, exigent pour être validées ou précisées le recours à d'autres matériaux, hors du domaine funéraire. Les habitats sont des établissements ruraux à vocation agricole. Ces "fermes" sont comparables à celles des temps antérieurs ; toutefois les structures de stockage les distinguent des fermes précédentes. Ces structures sont destinées à conserver les grains : silos enterrés de taille imposante (parfois plusieurs m3), isolés ou en batterie, comme à Bucy-le-Long , Maizy , Menneville , greniers sur 4, 6 ou 9 poteaux, qui peuvent coexister avec les silos sur le même site, comme à Berry-au-Bac , Bucy-le-Long . La taille modeste des installations domestiques suggère des occupants en nombre limité (une famille élargie ?), qui ne sauraient à eux seuls constituer des nécropoles telles que nous les connaissons dans l'Aisne (ici, contrairement à la Champagne, chaque nécropole rassemble la population d'un petit territoire qu'elle polarise). Les regroupements d'habitat dans le paysage, s'ils existent, ne semblent guère dépasser le hameau et l'on ne connaît pas encore de villages au sens moderne du terme. Il semble en revanche que quelques points fortifiés de rebord de plateau, tels Bourg-et-Comin ou Sermoise, étaient occupés. Mais on ignore encore selon quelles modalités, tout comme on ignore en général les relations entre stratification sociale et habitats.
Ce sont pourtant ces habitats qui sont les cadres de base de la production et de la reproduction matérielle des individus et des communautés, sans la connaissance desquels on ne saurait comprendre l'évolution d'une société.

 

 

Le mirage de la Méditerranée.

 

Si la sphère de la production agricole, de l'auto-consommation et des échanges locaux représente en volume l'essentiel de l'économie et nous échappe encore en grande partie, elle n'en constitue pourtant pas l'unique composante. Dans ces sociétés où le pouvoir s'acquiert ou s'entretient par la capacité à s'enrichir en biens rares, socialement reconnus et valorisés, et à les redistribuer de façon ostentatoire à travers des manifestations somptuaires, compétitives et ritualisées, une des sphères motrices de l'économie est celle des échanges lointains permettant d'accéder à ces biens de prestige. Contrôler cette sphère, c'est alors s'assurer, sinon la suprématie, du moins un statut social dominant.

A partir du début du 1er millénaire, le cœur économique de ce qui deviendra un jour la vieille Europe se déplace. Les régions situées au nord de l'arc alpin perdent progressivement la prééminence qu'elles avaient acquise en mettant à profit leur situation géographique centrale pour contrôler les réseaux liés à l'économie du bronze, tandis que les rivages de la dynamique Méditerrannée voient s'inventer de nouvelles formes de production et d'organisation sociale, qui déboucheront bientôt sur des systèmes urbains, esclavagistes et centralisés de type étatique.
 
Mais alimenter de telles "machines", les faire fonctionner, exige main-d'œuvre, matières premières, terres et subsistances bien au-delà de ce que ces régions peuvent fournir. Et c'est bien naturellement vers leurs ombrageux voisins du nord, "Hyperboréens", "Celtes", que Grecs, Etrusques et Romains se tourneront pour obtenir ces biens qui leur font défaut. Une première auréole constituée des territoires jouxtant directement ces Etats sera souvent purement et simplement annexée par l'installation de colonies. Au-delà, pour drainer les richesses de l'arrière-pays, c'est la carte de la diplomatie, moins coûteuse que la force, qui sera jouée. Retrouvant à leur avantage et en simulacre le principe indigène du don et du contre-don, ces "youpies" méditerranéens s'assureront la coopération des petits potentats locaux en renforçant leur pouvoir local par des cadeaux prestigieux.

On comprend mieux alors la signification de ces riches tombes à char couramment accompagnées d'objets importés, telle celle de Bucy-le-Long ou Pernant, et les raisons de cette compétition inter-communautaire intense. On devine également les rapports de soumission et de clientèle, les petites "féodalités" qu'a pu générer la redistribution savamment dosée d'une partie de ses biens par un puissant. Et l'on entrevoit là comment une société pas ou peu centralisée à l'origine peut le devenir, adoptant de nouveaux symboles de pouvoir en même tant qu'elle intègre des territoires de plus en plus vastes et creuse ses écarts sociaux.

 

Rassurons-nous ! Si la logique d'un tel système peut prendre virtuellement la forme d'une spirale vertigineuse, l'histoire n'accoucha toutefois d'aucun Big Brother (chef d’Etat totalitaire imaginé par G. Orwell pour son fameux roman “1984”). Il y eut simplement des princes, brillants intermédiaires entre les "barbares" de la périphérie septentrionale et les citoyens de la Méditerranée. Il n'y eut même dans l'Aisne que de petits princes dont on ignore s'ils dessinèrent des moutons,  mais qui n'eurent pas le temps de devenir grands : dès la fin du Ve siècle, la croissance des nécropoles ralentit et débute une période de migrations parfois lointaines dont les auteurs grecs se feront l'écho. Les Barbares entrent ainsi dans l'histoire.

 

L'expansion celtique

 

Autour de -400, un mouvement d'expansion celtique s'exerce vers l'est et vers l'ouest du continent européen. Des populations celtes arrivent massivement en Italie, assiègent Rome, puis s'implanteront dans le nord de la péninsule italienne. Après avoir pillé Delphes, un important contingent s'installe même en Galatie (Turquie actuelle). Ils laissent des traces en Roumanie, mais s'implantent plus durablement en Hongrie. Au 3e siècle avant notre ère, le sud de l'Angleterre et une bonne partie de la façade atlantique sont atteintes. D'autres Celtes s'installent au même moment sur les côtes méditerranéennes du Languedoc et de la Provence. En revanche, il ne semble pas que l'Aquitaine ait été notablement celtisée.
La situation conflictuelle régnant sur le pourtour méditérranéen engendre dans le sud de la Gaule une baisse des échanges. Les populations gauloises se replient sur elles-mêmes. Les colonies grecques, stimulées par les conflits qui affectent le monde héllénistique, révisent leur politique commerciale en réinstallant des comptoirs dans le sud de la Gaule. Leurs équipages semblent rechercher de nouveaux clients, en particulier chez les peuples côtiers de la Manche (Ambiani, Morini, Atrébates).
Ainsi, dans le courant du 3e siècle avant notre ère, les peuples du nord de la Gaule s'ouvrent aux échanges à longue distance, comme en témoignent les premières monnaies en or.
Au second siècle avant notre ère, l'annexion du sud de la Gaule par Rome entraîne l'intensification des échanges en Europe.
 
 

Le temps des états gaulois

 

Lorsque l'expansion s'achève, à la fin du 3e siècle avant notre ère, l'Aisne appartient à la Gaule belgique. Cette entité belge occupe un espace situé entre les cours de la Seine et de la Marne, au sud, et celui du Rhin au nord et à l'est.
La vallée de l'Aisne traverse deux territoires politiquement autonomes, qualifiés par Jules César de civitates (cités). La première, peuplée par les suessions, s'étend, d'ouest en est de Compiègne à Bourg-et-Comin et, du nord au sud sur les plateaux du Soissonnais. La seconde cité, peuplée par les rèmes, occupe l'actuel territoire administratif de la Champagne-Ardenne et le Laonnois, à l'ouest d'une ligne Bourg-et-Comin - Fismes - Dormans.

 

La ville et l'espace domestique

 

Le mot oppidum désigne les capitales régionales des cités, vastes agglomérations présentant de nombreux caractères urbains et jouant un rôle économique et politique moteur. Leur création ne résulte pas d'une concentration progressive sur place, mais procède d'un choix délibéré de se regrouper. Ces villes embryonnaires rassemblent l'élite et ses "vassaux" à l'intérieur d'un espace délimité par une fortification, qui se compose d'un rempart de terre ou de pierre, précédé d'un ou de deux fossés (Condé-sur-Suippe et Villeneuve-Saint-Germain). Sa taille exprime le prestige qu'elle est censée afficher.
A l'intérieur de la ville, les principaux axes de communication sont tracés selon un plan global préétabli (Condé-sur-Suippe). Les activités économiques se regroupent en secteurs spécialisés : les quartiers des fondeurs, des forgerons, des charpentiers, des orfèvres, des verriers, des bouchers, des tanneurs, etc. Toute une gamme de commerçants et de négociants redistribuent dans l'arrière pays les produits manufacturés sur place ou importés. L'agriculture et l'élevage demeurent l'apanage des campagnes. Si porcs et caprinés demeurent dans l'environnement proche de l'homme des oppida, le grand bétail est relégué dans les pâturages, parfois aux portes mêmes de la ville. L'exploitation du boeuf – boucherie, artisanat, produits dérivés – se fait l'objet dans les murs de ces agglomérations et l'oppidum de Villeneuve-Saint-Germain en l'une des illustrations la plus évidente. 
Dans l'oppidum, l'habitat varie selon le statut social des occupants. Certaines demeures, ceintes d'une clôture en bois, sont accompagnées dans leur cour intérieure de silos à grains creusés dans le sol, de greniers surélevés, de caves et de bâtiments annexes. L'espace habité par les hommes comporte plusieurs pièces. Une avancée de la maison, donnant sur la cour, sépare symboliquement le domaine public et celui du privé. Les habitations de moindre importance n'ont pas de grande cour et semblent plutôt constituer des pâtés de maisons.

Le territoire de la cité

 

L'oppidum exploite nécessairement les ressources d'une région. Il a besoin de la campagne pour s'approvisionner en denrées alimentaires et en matières premières. La campagne axonnaise, paysage de bocage et de champs ouverts, est parsemée de hameaux et de fermes, dont les plus grandes correspondent, selon les textes antiques, aux vastes domaines agricoles de l'aristocratie et préfigurent ainsi les villa gallo-romaines. Les sites de Braine et Bazoches-sur-Vesle illustrent ces établissements aristocratiques locaux, dont la structuration les distingue des simples fermes et des oppida. Ils fédèrent les communautés et affirment leur pouvoir et leur richesse par des pratiques festives communautaires.
A proximité des hameaux s'élèvent de petits temples. Ils se présentent généralement sous la forme d'un petit enclos quadrangulaire délimité par un petit fossé. Parfois à l'intérieur de l'enclos, une frustre construction en bois devait abriter la représentation de la divinité. Ce type de temple a été fouillé récemment à Soupir et à Guignicourt. Les grands sanctuaires sont, pour leur part, retirés sur les rebords de plateaux et à la frontière du territoire.

L'environnement de cette époque est encore présent aujourd'hui à travers les noms de lieux d'origine gauloise. Condé (Condé-sur-Aisne et Condé-sur-Suippe ) vient de condate qui désigne une confluence. Braye (Braye-sous-Clamecy et Braye-en-Laonnois) semble désigner la boue et les zones marécageuses. Le suffixe -euil (Breuil) viendrait du gaulois -ialo  et signalerait les localités et espaces découverts. Le mot "Vesle" désigne une rivière boisée. Noyant, Noyon, Nouvion viendraient de noviento, ville nouvelle. Bellenus,  dieu gaulois assimilé à Apollon, se retrouve dans Beaulne de Vendresse-Beaulne. D'après Jules César, la place forte des Suessions s'appelait Noviodunum : cela signifirait une "hauteur fortifiée nouvellement occupée".

 

 

Une société très différenciée

 

Les différentes classes sociales

 

La société gauloise nous est connue d'après les informations archéologiques, complétées par les textes anciens. Nous savons, grâce aux textes latins et aux monnaies que le nom de certains personnages se termine par -rix , ce qui signifie roi. Il règne donc en Gaule des monarques. Le clergé, émanant de l'aristocratie, semble puissant. Il a notamment en charge l'éducation des enfants et la conservation de la mémoire collective.
La découverte dans l'Aisne de différentes pièces d'armement  (éléments de bouclier, fer de lance, pointe de flèche en métal, épée et fourreau en fer, casque en bronze) atteste de la présence d'une classe de militaires dans les villes. L'essor de l'urbanisation favorise l'émergence de nouvelles catégories sociales : les artisans spécialisés et les commerçants. La ville est, par définition, un lieu où il existe une forte hiérarchisation des tâches et des individus, mais la première des inégalités n'est-elle pas l'opposition ville-campagne ?
Le monde rural lui-même est une société stratifiée. Il existe des riches domaines et des petites fermes et, bien que reléguée au second plan, la population de loin la plus nombreuse est celle des agriculteurs-éleveurs. Elle l'est depuis le Néolithique le plus ancien et le restera jusqu'à l'aube du XXe siècle.

La mort et la religion

 

La société des vivants, connue par les textes et induite par l'habitat, se reflète dans l'organisation des tombes au sein du cimetière. Longtemps peu connues, faute de fouille de nécropoles, les pratiques funéraires de cette période nous livrent des informations qui sont en adéquation avec les autres données. L'incinération est la pratique d'usage à cette époque, dans cette région. Lescendres déposées dans une urne étaient accompagnées d'aliments contenus dans un ou plusieurs récipients. Aux défunts de rang élevé était dévolue une cérémonie, probablement un banquet funéraire. On transportait les cendres sur un char dont on déposait par la suite les restes dans la tombe. La sépulture à char d'un de ces notables a été découverte en 1982 dans le quartier des Feuillants à Soissons. Tout un cortège de couples d'animaux accompagnait les autres offrandes.

Bien qu'aucun sanctuaire n'ait été fouillé dans l'Aisne, leur existence est connue en Picardie, dans sa partie occidentale. L'accès au temple, situé dans un enclos fortifié, est sans doute réservé aux initiés. Des rituels où interviennent des sacrifices de richesses (animaux, armes métalliques) semblent tenir une place prépondérante dans le culte gaulois.
La religion est polythéiste : des figurations humaines en pierre et en métal, mais aussi sur des monnaies, sont parées d'attributs symboliques (torques, rouelles, etc.).

 

 

Aspects de la vie quotidienne

 

Du métal dans la vie de tous les jours

L'évolution technologique est un témoin des plus significatifs du bond économique au IIè av. J.C. et de la croissance au cours du Ier siècle avant notre ère.
L'exploitation du fer devient intensive et le métal est traité directement dans la ville. Désormais omniprésent, il entre dans la composition de l'outillage de la plupart des artisans.  L'agriculteur utilise également le fer pour renforcer les parties actives de ses outils. Dans chaque oppidum on rencontre des bronziers sachant traité l'or. A côté de ces bronziers polyvalents, on peut identifier des orfèvres spécialisés. Dans le façonnage du bronze, interviennent de nombreuses techniques destinées à la production d'une grande variété d'objets : parures, outils, instruments de poids et mesures, appliques décorant le bois et le cuir, etc.
Pour répondre à la demande en numéraire d'un marché étendu durant le premier siècle, les ateliers de fondeurs coulent en abondance une monnaie de bronze à forte teneur d'étain, le potin, qui inonde les villes et les campagnes et supplante les monnaies en bronze frappées.

 

La gestion des animaux

 

Alors que les premiers agriculteurs axaient leur élevage sur le boeuf, les populations de l'Age du Fer pratiquent l'élevage intensif du mouton et du porc. Les ovins sont élevés à la fois pour le lait et la viande. La viande des bovins est très prisée et leur abattage sur de jeunes adultes sont les témoins de ce goût pour des morceaux de qualité. Ils sont aussi employés comme force de traction. Le cheval, fréquemment représenté sur les monnaies, ne semble pas avoir au quotidien un statut plus noble que les autres animaux. Le cheval et le chien sont régulièrement consommés.


La chasse, dont la pratique diminue dès le Néolithique, est presque inexistante à l'Age du Fer. Dans les campagnes, on traque le cerf, le chevreuil, le sanglier et l'aurochs. D'autres petits animaux sauvages tels le castor, le lièvre, la martre... et des oiseaux tels que le canard colvert  (comme en témoigne la coquille d'œuf trouvée à Guignicourt), la caille ou plus tard l'oie et le coq sont des compléments à la nourriture. Le sanglier qui faisait les heures de gloire d'Obélix n'a donc pas eu le succès qu'on lui attribue !
Malgré la proximité des rivières poissonneuses, il reste peu d'indices nous permettant d'évaluer l'importance de la pêche, pourtant attestée par quelques rares hameçons et poids de filets.


Aux changements d'habitudes alimentaires au cours du temps, s'ajoutent des différences de consommation entre les fermes, les établissements aristocratiques et les agglomérations de type oppida.

 

 

Un luxe de citadin : une alimentation variée.

 

Si nous ignorons les recettes culinaires de la Gaule belgique, l'étude de données archéologiques et les récits d'auteurs anciens (grecs ou latins) nous informent, en revanche, suffisamment sur l'alimentation. Ce qui est frappant, c'est sans nul doute sa diversité et sa complexité. La base alimentaire semble composée de mets liquides et de bouillies mais aussi de beaucoup de charcuteries, de fromage frais et autres laitages. Parmi la nourriture d'origine végétale, l'éventail des plantes cultivées depuis le Néolithique ne semble guère changer. On trouve principalement des espèces propres à la confection de gruau tels que l'amidonnier, l'épeautre et l'escourgeon, accompagnés d'engrain et de millet. Les froments panifiables, blé marin, blé d'été, seigle, se multiplient vers le milieu du 1er siècle avant notre ère. Parmi les légumineuses, la vesce à feuilles étroites et la jarose sont plus consommées que la lentille et le petit pois, peu à peu délaissés. Certaines céréales ont servi à la confection d'une boisson de base : la bière, comme nous l'apprend un auteur grec : "en guise de vin ils utilisent de l'eau dans laquelle ils mettent de l'orge à fermenter". Dès le IIè av. J.C., les Gaulois découvrent une nouvelle boisson : le vin. Cette boisson fabriquée en abondance sur tout le pourtour méditerranéen est conditionnée dans des amphores d'une vingtaine de litres, dont on retrouve quantité de fragments sur les habitats gaulois (sites aristocratiques et oppida). En même temps que le vin, les Gaulois découvrent de nouveaux plaisirs de la table, ce qui se traduit par l'apparition de nouveaux types de vaisselle : aux formes creuses destinées à la consommation de mets liquides et bouillis, s'ajoutent désormais des formes plates, ouvertes, destinées à la présentation de mets solides. En ce qui concerne la nourriture animale, le porc semble être la base alimentaire, bien avant le bœuf, le mouton ou le cheval. Les morceaux de viande sont probablement salés et stockés dans de grosses jarres - le dolium -, ou encore transformé en pâtés, saucisses, lard et autres douceurs charcutières. D'autres pièces sont sans doute mijotées dans des bouillons. Le saindoux est connu comme nous l'apprend un auteur grec "Ils utilisent comme huile une graisse animale qui, chauffée, répand une odeur nauséabonde". Enfin il faut mentionner un délice inattendu : non pas le lapin, qui n'apparaît qu'à la période romaine, mais le chien dont les os portent des traces de découpe, et témoigne ainsi de sa consommation.

 

 

 

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