Au cours du temps

Période

Néolithique

 

Plan du site

 

 

Détail d'un collier en perles de calcaire 

 

Tombe à niche 

 

 

Détail d'une parure
     en perles de Cauris 

 

 

Femme au capuchon bordé
    de craches de cerfs

 

Perles de Cauris 

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Bucy-le-Long "La Fosselle"

 

Le site néolithique de Bucy-le-Long “la Fosselle”, situé à proximité de Soissons est implanté sur la première terrasse à environ 800 m du cours actuel de la rivière "Aisne" en bordure de pente. Bien que l’on soit vraisemblablement au cœur du village, il n’a pas été possible d’en cerner les limites (seuls 2,5 ha ont pu être fouillés).
    
Une vingtaine d'autres villages contemporains sont connus le long de la vallée de l’Aisne, ce qui renforce l'intérêt de la découverte de Bucy-le-Long, puisque l'on peut ainsi étudier de près l'organisation d'un village particulier, la comparer avec celle des autres villages pour tâcher d'en tirer un modèle et analyser l'implantation de chaque hameau dans le réseau d'habitats.
    
La fouille présente les témoins d'un minimum de 15 maisons du Rubané Récent du Bassin Parisien (4800-4700 JC). Dix offrent une bonne lisibilité de leurs fondations et des fosses qui les bordent ; et cinq ne sont représentées que par leurs fosses latérales, soit à cause de l’érosion, ou des destructions antiques et médiévales, soit parce que les bâtiments n’ont pas pu être entièrement décapés en raison de la limite de fouille.
Ces constructions obéissent à des principes architecturaux assez stricts. Les maisons (entre 15 m et 40 m de long) étaient construites à partir de troncs de chêne, qui alignés en rangées de 5 poteaux, soutenaient un toit de chaume. De chaque côté du bâtiment étaient creusées des grandes fosses allongées pour en extraire de l’argile et fabriquer du torchis. Celui-ci était plaqué sur du clayonnage qui constituait l’armature des murs. Ces fosses ont servi en second lieu de réceptacle aux poubelles domestiques et cette caractéristique est précieuse puisqu’elle permet aux archéologues de reconstituer la vie quotidienne à partir de la récolte de ces objets usuels usagés (pots en céramique, outils en silex et en os, meules de pierre) ou des matières organiques rejetées (os animaux correspondant aux reliefs de repas, céréales carbonisées). L’entrée de la maison est orientée vers l’est. Les pièces intérieures sont clairement séparées par des séries de trois poteaux (appelées tierces) et soigneusement nettoyées en rejetant les déchets par des ouvertures latérales situées vers le milieu du bâtiment. Les objets s’accumulent alors dans les fosses en formant des amas de plusieurs centaines ou milliers d’objets.

A Bucy-le-Long les maisons du village n’ont pas toutes fonctionné en même temps. Trois grandes phases d’occupation ont été repérées grâce à l’évolution du décor sur la poterie (le style de décor se modifie assez rapidement dans le temps) et à la présence des relations stratigraphiques entre certains bâtiments.
La dernière phase d'occupation est particulièrement intéressante car elle est unique dans la vallée de l'Aisne à ce jour : il s'agit de la transition entre la fin du Rubané Récent du Bassin Parisien et le début du Villeneuve-Saint-Germain.
    
L’organisation de ce village correspond à celle qui prévaut dans le nord de la France, à savoir :
- une implantation des habitations assez lâche due à une faible densité
   d’occupation,
- une distance minimale d’une quinzaine de mètres entre 2 maisons
- et une tendance à l’alignement des bâtiments.
    

Ces particularités sont précieuses pour bien  individualiser les unités domestiques et pouvoir ainsi espérer la possibilité d’une sériation chronologique du site, point de départ obligé des analyses sur la variabilité des rejets entre maisons, où sur celles de l’organisation de l’espace villageois.
    
On dénombre 17 sépultures contemporaines du village, dont 9 adultes et 8 enfants. Elles sont soit placées individuellement dans la proximité immédiate des maisons, soit en un petit groupe dans un périmètre plus éloigné vers le nord-est du village. Le mode d’inhumation obéit aux règles culturelles habituelles du Rubané avec une caractéristique supplémentaire en la présence de banquette en terre aménagée dans la tombe (voir le site de Berry-au-Bac "le Vieux Tordoir"). Le corps du défunt est enveloppé et enduit de poudre d'ocre, puis déposé sur le côté gauche, la tête à l’Est et le visage tourné vers le sud, les jambes repliées en position fœtale. Le mobilier funéraire est composé de récipients en terre, de parure en coquillage et en calcaire, ou de petits objets en os. Mais ces règles intègrent une marge de variation en fonction du statut ou de la personnalité du défunt, aucune tombe n’étant parfaitement semblable à l’autre.
 

La particularité des tombes trouvées à Bucy-le-Long "la Fosselle" réside dans leur exceptionnelle richesse en parure. On a ainsi découvert de nombreux colliers avec plusieurs types de perles en calcaire ou en coquillage et un bracelet façonné dans une coquille d'un gros coquillage bivalve. Parmi les artefacts exceptionnels, ont été mis au jour dans des sépultures de femmes une ceinture à trois rangs de coquillages marins (ce qui suppose des échanges de biens précieux sur de longues distances) et un capuchon brodé comprenant une frange de 70 craches de cerf perforées. Les craches sont les canines provenant de la mâchoire des cervidés ; la fabrication du bandeau a donc nécessité l’abattage d’au moins 35 cerfs. Un autre objet attire l’attention par son caractère unique à notre connaissance, il est constitué par l’assemblage de centaines de dentales (coquillages en forme de tube) en couches superposées positionné entre la main et la cuisse de l’inhumée. Le démontage en laboratoire a montré qu'il s'agit d'une pièce de tissu pliée sur elle-même.

Bucy-le-Long présente la particularité de rassembler à la fois un village bien conservé et de nombreuses tombes riches en mobilier, ce qui constitue un atout majeur pour compléter les connaissances sur l’histoire de cette communauté.    


                            

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