Au cours du temps

 

 

 

 

 

 

 

 


Laboratoire Archéozoologique
de Soissons

 

 

 

 

 

 

 

  Cuiry-lès-Chaudardes
       modèle de faune
 

 

 

 

 

 


Exemple d'amas d'os issus
d'un site néolithique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Bucy-Le-Long, Le Fond du Petit
Marais : os de moutons groupés
au fond d'une fosse

 

 

 

 

 

Bucy-le-Long "La Héronnière"
offrandes de porcs dans
une sépulture à incinération

Archéozoologie

 

L'apport des études archéozoologiques à l'interprétation
des sites au cours des 6 millénaires précédents notre
ère : l'exemple des vallées de l'Aisne et de la Vesle

 

Enquêter sur le parcours d'un bout d'os ouvre une voie vers la structure profonde d'une société. Heureusement pour les archéozoologues, les végétariens ne sont pas pléthore dans l'ancien temps, comme en témoigne un grand nombre de sites ayant livré des restes osseux en quantité suffisamment importante pour en extraire des informations précieuses sur les activités, le partage des animaux entre les membres d'une communauté, la hiérarchie sociale, les rituels funéraires etc…
Tous les groupes humains dont les vestiges nous sont parvenus ont entretenu des liens étroits avec les animaux, qu’ils soient domestiques ou sauvages ; en effet, ils sont impliqués à plusieurs niveaux dans l’organisation de la vie quotidienne domestique familiale ou collective mais aussi comme lien entre le monde des vivants et des morts, mais encore entre le monde des vivants et celui des divinités.

Ces différents témoignages n’apparaissent pas sous les mêmes formes suivant les périodes et les sites ; de plus, leur signification n’est parfois pas évidente. Ces vestiges nous parviennent assez dégradés et, dans la plupart des cas, ce ne sont que de petites portions d’un état initial plus complexe qui nous sont parvenues. Malgré toutes ces difficultés, un certain nombre d’informations propices à des formes d’interprétations est encore possible. Il ne faut donc jamais négliger les ensembles fauniques même si, a priori, ils ne présentent guère d’intérêt. C’est aussi l’accumulation et la diversité des résultats obtenus sur un ensemble de sites qui peut permettre d’affiner les résultats et de les transposer dans un contexte plus large pour établir des modèles.

 

 

Commençons par le Néolithique,
époque où les animaux sont domestiqués.

 

Archéozoologues et ethnologues se sont penchés sur le processus de domestication, ses causes, ses effets, ses conséquences. Le loup est le premier animal domestiqué dès le Mésolithique ancien. Il donne le chien, que l'on retrouve déposé dans les tombes des chasseurs-cueilleurs dans plusieurs endroits du monde. Les premiers indices de domestication des animaux que l'on nomme "dembouche", c'est-à-dire que l'on a consommé, sont repérés dans les faunes du Croissant fertile d'Asie occidentale, vers 8200BC, au PPNB moyen. Là-bas loin vers le soleil levant, on a d'abord domestiqué la chèvre sauvage, puis le mouflon, l'aurochs, le sanglier, le cheval, l'âne le lièvre, le chat … pour ne citer que les plus courants.


Quelle tête pouvait bien avoir ces animaux néolithiques ? Quelle taille, quel pelage, quelles cornes ? Etaient-ils semblables à ceux de maintenant ? Et la domestication, qu'a-t-elle entraîné comme changements morphologiques et comportementaux sur l'animal ? A quel moment exact a-t-elle commencé pour chaque espèce ? A-t-on enclenché le processus domesticatoire uniquement pour avoir des réserves de viande sur pied ? Quelles sont les répercussions à terme sur la structure des sociétés ? Des réponses ont été apportées grâce à l'étude des ossements.
La taille au garrot peut se calculer d'après les mesures prises sur des os entiers  ; on s'aperçoit qu'elle décroît au cours du temps. Alors que les premiers animaux domestiques ont la morphologie de leurs ancêtres sauvages, les suivants s'en différencient en devenant plus petits, encore et encore jusqu'au très petit bœuf gaulois dont la taille frise seulement le mètre au garrot, à côté de son grand ancêtre rubané d'1,40m, lui-même dominé par les 1,60m de l'aurochs, son ancêtre. Mais d'autres changements interviennent, que l'on perçoit en étudiant de très près la courbure des crânes ou des chevilles osseuses (cornes). Evidemment les connaissances s'affinent au fur et à mesure que les données s'étoffent et l'archéologie préventive est un réservoir formidable de ce point de vue, puisqu'elle amène à profusion des échantillons de divers lieux et diverses époques.


On avance aussi dans la connaissance des premières domestications, par exemple au Proche-Orient, où l'on s'aperçoit que le phénomène est d'abord apparu au travers de la représentation animalière dans la statuaire, où les bêtes à cornes mais aussi les suidés sont très largement représentés. L'alimentation ne semble donc pas être le moteur premier de la domestication, bien qu'ensuite elle en ait fait un de ses buts principaux.
Les répercussions de ce processus sur la société qui la pratique sont évidemment très importantes. Tant et si bien qu'un groupe peut se structurer autour des animaux domestiques et que l'on parle non seulement d'agriculteurs, mais aussi d'éleveurs. Mais que deviennent donc les chasseurs ?


Avançons un peu dans le temps et dans l'espace. Nous voici dans le bleu du Danube. Les pirogues légères sillonnent sur le cours d'eau et dépassent le bétail qui vient s'y abreuver. D'après ce que nous apprennent les reliefs des repas des populations néolithiques de la Culture Rubanée, il s'agit principalement de bovins, mais aussi de moutons, de chèvres et de porcs. Le bétail revêt une grande importance et au fur et à mesure que les hommes migrent vers l'ouest, ils emportent leurs troupeaux avec eux.


Au vu des dernières découvertes, la culture néolithique rubanée, mais aussi celle de leurs descendants, est très imprégnée de la présence animale, autant domestique que sauvage. Prenons l'espace villageois à travers l'exemple de Cuiry-lès-Chaudardes (Aisne). Il comprend 33 maisons avec des rejets associés à chacune d'entre elles. Le village est divisé en trois quartiers qui perdurent tout au long de l'occupation du village, c'est-à-dire plus d'une centaine d'années. Non pas des quartiers partagés en fonction d'activités artisanales comme on a l'habitude de les concevoir, non, non, curieusement ce sont des quartiers déterminés par le surplus de consommation d'un animal. Pourtant l'alimentation de base est similaire dans chaque habitation (beaucoup d'animaux domestiques), mais…un quartier a un surplus de consommation de mouton, l'autre plus de bœuf et le troisième plus de produits de la chasse, en particulier du sanglier auquel est associé le porc. Les chasseurs n'ont donc pas disparus contrairement à ce que l'on a longtemps cru. Ce n'est pas tout, selon que l'on appartienne à une maison de grande taille ou bien de petite taille, on ne mange pas tout à fait la même chose. Les petites maisons ont dans la majorité des cas des rejets provenant de la chasse, les grandes de l'élevage (cf. encart). Pourquoi mange-t-on des choses différentes selon la taille de sa maison et son emplacement dans le village ? Peut-être l'animal a-t-il une résonance clanique comme ce fut le cas chez les Iroquois au XVIIIeme siècle ? Des études sont en cours pour savoir si on retrouve un même type de différenciation dans le mobilier lithique, de mouture et céramique qui pourront certainement éclaircir quelques-uns des mystérieux rouages de cette société considérée comme égalitaire.

 

Qu'en est-il du statut de l'animal
dans le domaine du funéraire ?

 

Les témoignages sont ténus, mais prennent souvent une forme spectaculaire et perdurent tout au long du Néolithique. Les formes sont variées : ici on trouve des bucranes de bœuf ou d'aurochs dans une fosse, là ils trônent au milieu d'un fossé d'enceinte ; ailleurs une quarantaine de chevilles osseuses de mouton est déposée dans une tombe, ailleurs encore on découvre une nécropole où des plats de côtes entiers de bœuf recouvrent le corps de certains inhumés. Dans cette même nécropole, des quartiers de mouton sont majoritairement déposés aux pieds des femmes (le monde féminin aurait-il un rapport avec l'élevage du mouton ?), alors que les morceaux de porc et de sanglier sont dédiés aux hommes (y aurait-il alors un lien entre l'homme, le cochon et la chasse au sanglier ?).


A cet inventaire à la Prévert manque les outils, les parures et les objets énigmatiques taillés dans les os, les bois ou les dents la plupart du temps de cerfs, chevreuils et sangliers. Que doit-on penser du statut social de cette belle dame à qui l'on a sacrifié une vingtaine de cerfs pour broder le bord de son capuchon avec leur dents perlées (cf. encart)? ou de celui de cet enfant qui possède une statuette anthropomorphe fabriquée dans un os d'une patte de mouton sur lequel ont été fixés deux grands yeux de nacre ?


Peu à peu les fils se dénouent., et plus on avance, plus on perçoit la complexité des mécanismes qui régissent les comportements sociaux. La tâche est ardue car les textes sont absents, mais peut-être faut-il se dire à l'inverse qu'elle est rendue plus facile par l'absence d'écrits.


Passons d'un bond aux Ages des Métaux. Les processus de domestication déjà depuis longtemps accomplis et les animaux sauvages fort peu convoités – non ! le sanglier n’est pas l’apanage de nes ancêtres les Gaulois, comme certains auteurs aimaient à l’illustrer !- les faunes des sites du 1er millénaire avant notre ère sont pour l’essentiel constituées du quintette bœuf, porc, mouton, chien et cheval dans des proportions variables selon les périodes, les régions mais aussi les types de sites ; il diffère en cela fort peu de l’image des troupeaux que nous renvoie encore aujourd’hui notre campagne française. Selon qu’il s’agisse de simples hameaux, de villages, de lieux de rassemblement ou encore de nécropoles, certaines préférences pour l’une ou l’autre de ces cinq espèces ou encore l’association préférentielle de deux d’entre elles ont été d’ores et déjà largement observées.

 

Les témoignages de consommation carnée sont légions, mais dans des proportions variables ; aucune comparaison entre un petit lot d’ossements issu de quelques fosses associées à un ou deux bâtiments d’habitation et les centaines de kilos d’ossements provenant d’un habitat groupé de type oppidum. Si les premiers nous renseignent au mieux sur les préférences alimentaires au sein d’une communauté restreinte de type familial, les seconds nous permettront d’élargir le champ de réflexion à l’échelle d’une communauté, et sous-tend les notions de gestion du cheptel, de partage, de stockage, de conservation et de redistribution, en résumé, de la gestion des ressources alimentaires carnées. Bien entendu, ces différentes informations devront être replacées pour le mieux dans un contexte culturel et territorial cohérent afin de dégager les grandes lignes de l’évolution de l’élevage à travers le temps mais aussi les différences dans les choix et l’acquisition des ressources alimentaires carnées suivant le statut des résidents des différents sites à un même moment. Les hommes ne sont visiblement pas égaux devant l’animal ! Ainsi, il est avéré que la consommation du porc, avant qu’elle ne soit démocratisée, en toute fin de l’ère protohistorique, était réservée à une forme d’élite locale ; la composition du spectre faunique est un des éléments les plus pertinents pour caractériser ces sites, auxquels s’ajoutent d’autres éléments de la culture matérielle, comme les amphores par exemple, mais aussi la structuration ou l’architecture du site lui-même. De plus, certains éléments ostentatoires viennent à leur tour corroborer ces observations. L’étude de la faune révèle alors tout son intérêt, quand il s’agit d’articuler tous les éléments de la culture matérielle entre eux. Mais parfois, c’est bien des études archéozoologiques que nous devons d’extraire la substantifique moelle ( !) ou plutôt le principe même de "l’existence" d’un site (nous pensons ici aux sites consacrés aux banquets où l'animal est omniprésent tant son rôle est important); quid de l’interprétation d’un site où la faune ne serait pas conservée, quand les seules éléments d’occupation saisonnière ne peuvent être révélées qu’à travers elle ? En effet, ce sont les courbes et les rythmes d'abattage qui nous renseignent au mieux sur ce type d'occupation. Idem lorsque l’on connaît le potentiel d’informations contenu dans la représentation préférentielle des espèces et des parties anatomiques pour chacune d’elles - espèces et morceaux pour les "riches" ou pour les "pauvres" soigneusement sélectionnés-.


Des manifestations rituelles en contexte domestiques ont aussi été révélées à travers l’analyse de lots de faune particuliers, tant dans leur organisation que dans leur composition (cf. encart). Elles ont été observées à plusieurs reprises et à toutes périodes et se présentent sous la forme d’assemblages composés de bœuf, de cheval et de cerf dans la plupart des cas. Leur signification précise nous échappe ; quelle soit d'ordre religieux ou votif elle est de toute façon symbolique.


La complexification d’une société entraîne des disparités, des mutations profondes dans son organisation ; ces transformations ne sont pas seulement lisibles dans l’habitat mais aussi dans les rituels funéraires. Ces disparités transparaissent sur le dépôt ou non d’offrandes animales dans les tombes, sous la forme de morceaux de viande fraîche (crue ou cuite) mais parfois incinérée. La composition de ces offrandes est assez standardisée puisque dans la plupart des cas ce sont le porc et le mouton qui ont été sélectionnés (cf. encart). Le bœuf est l’apanage des classes sociales supérieures comme dans les grands cercles de l’Age du Bronze ou les tombes à char de La Tène ancienne. Mais ces choix ne sont pas figés puisqu'apparaît au cours du 4ème siècle avant notre ère, l’offrande de coq, le fameux coq gaulois...

 

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